Témoignage : adolescente, auteure et formatrice

témoignage ado en IEFÀ l’âge où certains vont quasiment quotidiennement au collège sans y réfléchir, Apolline a eu l’opportunité de poursuivre sa scolarité à domicile afin de se consacrer à sa passion, l’équitation. Depuis elle a obtenu son baccalauréat, développé son intérêt pour l’équitation, publié un premier livre. Elle n’en reste pas moins une adolescente pleine de vie comme vous allez pouvoir le découvrir à travers son témoignage.
Vous croiserez au fil de ses réponses le prénom de Tristan, son frère, que l’on espère bien pouvoir vous présenter également car il a aussi un quotidien sans école très inspirant.

Pour suivre les travaux et réflexion d’Apolline, direction sa page facebook. Et pour la soutenir vous pouvez acheter son livre, Le Guide de la cavalière libérée (avec le titre et l’éditeur, n’importe quel libraire en France peut le commander). Toutes les photos de l’article ont été fournies par Apolline.

Bonjour Apolline, tu as 16 ans, le bac en poche et ton premier livre vient de sortir. Peux-tu nous présenter brièvement ta scolarité jusqu’à ton obtention du bac ?
Bonjour.
On peut dire que mon parcours scolaire a été… un peu particulier. J’ai commencé une scolarité classique en Belgique. Ensuite nous avons déménagé en Espagne, où j’ai été dans un collège français pendant quatre ans, avant d’essayer un collège anglais, avec des méthodes pédagogiques finlandaises, pendant un an. C’est pendant cette année-là que nous avons commencé à nous poser des questions sur le système éducatif, ainsi que sur le temps que nous consacrions à nos projets d’avenir – à cette époque, je pratiquais l’équitation entre 10 à 15 heures par semaine et c’était très dur pour moi d’équilibrer les deux.
Début collège, nous en avons parlé en famille et nous avons pris la décision de commencer l’instruction en famille. Tristan et moi nous sommes inscrits au CNED. Ça a été notre « année de transition », où nous avons appris à être autonome, à construire nos propres projets, même si nous avons vite abandonné le CNED. Mon frère est passé au unschooling – apprentissage autonome et informel, où il se dédie uniquement à ses projets sans programme scolaire -, et je suis passée à l’homeschooling – apprentissage autonome où j’avais néanmoins un programme scolaire. Si je ne suis pas passée à l’unschooling, c’est parce que j’ai décidé en 2016 de passer mon BAC, car à l’époque je voulais étudier l’éthologie à l’université le plus vite possible, et le baccalauréat était indispensable. J’ai donc dû suivre un minimum le programme scolaire de français de première.
L’année de terminale a été légèrement plus compliquée car j’ai d’abord passé les six premiers mois, d’octobre à février, à travailler sur mon livre, et je n’ai dédié que trois mois à l’apprentissage des matières pour le BAC. Mais je l’ai obtenu !

IEF et passion pour l'équitation

Le sujet de l’école étant fait, la raison pour laquelle on a eu envie de t’interviewer, c’est que j’ai l’impression que tu n’as jamais eu d’un côté l’enfance, de l’autre la vie professionnelle et que tout est lié. Ta passion, tes études/formations et ton activité professionnelle sont connectées au monde équestre. Comment tout a commencé ?
A l’âge de deux ans et demi, ma mère m’a mise sur un poney pour une balade. Et là, j’ai su que je n’en redescendrais plus jamais. Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer, mais les chevaux m’apportent un calme, un bien-être et une harmonie avec moi-même que je ne réussis à trouver nulle part ailleurs. Ils sont ma propre méditation. Je peux passer des heures uniquement à les observer, et je me sens bien. C’est une passion qui ne cesse de grandir.
J’ai commencé l’équitation de façon classique, un peu comme l’école en fait. Et d’ailleurs, je suis rentrée assez vite dans le monde de la compétition. Au fur et à mesure de ma déscolarisation et de ma libération personnelle, j’ai commencé à me poser de nombreuses questions sur le bien-être du cheval et le mien. Est-ce qu’ils étaient à l’aise, eux, lors des concours ? Quelle était la relation que j’avais avec les chevaux ? Est-ce que la domination était le seul moyen pour arriver à mes fins ?
De là à débuter ma quête et mes expériences. J’étais convaincue qu’une autre relation pouvait parvenir aux mêmes résultats. On pourrait presque dire que j’ai « déscolarisé mon cheval » en même temps que moi !
« Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie » – Confucius. Je pense donc que tant que je resterai au contact des chevaux, je n’aurai jamais l’impression de travailler au sens premier du terme.

Apolline auteure guide de la cavalière libérée

interview adolescente en IEF

À 13 ans tu es partie te former seule. Où était-ce ? Qu’est-ce qui t’a poussé à faire ce choix ? Quel soutien as-tu reçu ? Ou peut-être même quelles peurs (les tiennes ou celles des autres) as-tu affrontées ?
Lors de mon évolution aux côtés d’Ithaque (mon cheval), j’ai choisi la voie naturelle. Mais à vrai dire, j’étais complètement perdue. Qu’est-ce que cela voulait dire ? J’avais commencé par lui enlever les fers et le mors, mais à présent j’étais un peu sur pause. Entre tutos sur YouTube et blogs de cavalières, je ne savais plus quel chemin choisir. J’avais besoin d’aide.
C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Lluis Pell lors d’un spectacle équestre, où il présentait ses chevaux. J’ai tout de suite accroché à sa méthode, mais je n’ai pas osé aller lui parler. Pourtant, quelques recherches plus tard – vive internet ! – j’ai découvert qu’il vivait « seulement » à 300 kilomètres de chez-moi. Mes parents m’ont proposé de le contacter par email. Après tout… je ne risquais qu’un « non » ou une absence de réponse ! Mais ce ne fut pas le cas.
Deux mois plus tard, je partais chez lui avec Ithaque pour un mois de formation. 24H sur 24H avec les chevaux, que rêver de mieux ?
Mes parents ont énormément appuyé ma démarche même s’ils étaient un peu inquiets de me laisser seule chez des inconnus. Cette expérience leur a appris à faire confiance. Quant à moi, j’avais surtout peur de ne pas être à la hauteur, mais Lluis Pell a été tellement accueillant et m’a tellement transmis… que j’y suis retournée une année plus tard !

Auteur du Guide de la cavalière libérée

Comme je le disais plus haut, ton premier livre vient de sortir, il s’agit d’une collaboration. Peux-tu nous présenter le livre et le travail que tu as réalisé ? Est-ce un livre en français ou en espagnol ? Pourquoi cette langue plutôt que l’autre ?
Le guide de la cavalière libérée est une collaboration avec Antonia Eraud, que j’ai rencontrée à Barcelone. Nous avions toutes les deux le rêve d’écrire, et nous nous sommes rendues compte que nos savoirs se complétaient. L’idée d’écrire ensemble est donc arrivée toute seule par la suite. Ça a été un travail d’écriture de six mois, d’octobre 2017 à février 2018, puis envois aux éditeurs. Nous avons eu la chance d’avoir une réponse très rapide de Mazeto Square, notre éditeur, avec qui, de mars 2018 à septembre 2018, nous avons retouché le livre, pour la parution le 21 octobre 2018. C’est une superbe aventure.
Le guide de la cavalière libérée est un livre pour améliorer la relation avec le partenaire équin. Il a pour objectif d’accompagner les cavalières aux côtés des chevaux, dans une relation d’amour, de confiance et de connexion, ainsi que les amoureux des chevaux qui souhaitent tout simplement aller à la rencontre des équidés.
Il est écrit en français, tout d’abord parce que c’est la langue maternelle d’Antonia, et aussi la mienne, mais aussi car le bien-être équestre est en train de se développer à toute allure en France. Les cavalières souhaitent améliorer leur relation avec leurs partenaires équins, mais aussi améliorer leurs conditions de vie, en se tournant doucement vers des méthodes plus naturelles.
En Espagne, cette dimension du naturel est beaucoup moins développée, même si le monde équestre est doucement en train de se réveiller. Néanmoins, notre objectif serait d’amener le guide de la cavalière libérée à l’international, en cherchant des traducteurs anglais et espagnols à partir de début 2019.

couverture guide de la cavalière libérée

interview équitation et IEF

Par ailleurs tu animes des ateliers d’éveil éthologique. Peux-tu nous expliquer rapidement en quoi cela consiste ?
Souvent, lorsque les enfants commencent à monter à cheval, les moniteurs oublient la dimension relationnelle avec le partenaire équin. Cela coupe la communication avec l’équidé, et cela peut même aller jusqu’à créer des peurs : « le cheval va me mordre », « attention, il tape » …etc.
Les ateliers d’éveil éthologique consistent à apprendre aux enfants à connecter aussi avec les chevaux à pied, et de les comprendre, grâce aux bases de l’éthologie et de la communication animale.
Ithaque, mon partenaire équin, et mon collègue dans les ateliers, est très attentif aux enfants et connecte énormément avec eux. Il a un effet apaisant, qui permet aux enfants d’oser s’ouvrir à leurs émotions et à celles des autres.
À base de jeux et d’exercices ludiques, ainsi que d’équi-art, les enfants libèrent leur créativité et leurs émotions, apprenant à écouter les autres et à collaborer, autant avec le cheval qu’avec les autres enfants, et gagnent en confiance en eux, tout en s’amusant.

Dédicace guide de la cavalière libérée

Ton âge n’est-il pas un frein face à des clients, des partenaires ? Comment les gens réagissent-ils en te rencontrant ?
Il est vrai que mon âge surprend de nombreuses fois. Mais comme dit Corneille, « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années » !
Je pense que mon âge désarçonne au début mais que finalement lors des discussions ou des activités, les gens l’oublient, même s’il m’arrive quelquefois de rencontrer des mentalités qui restent bloquée là-dessus, hélas. Mais avec des partenaires ou des clients, cela ne crée pas un gros frein. Je pense qu’au contraire lors des partenariats ma jeunesse apporte de la fraîcheur, de nouvelles idées, et un point de vue différent, comme dans notre livre, ou lors d’ateliers à deux.
Néanmoins, mon âge crée des freins par rapport à l’administration. Il y a certains diplômes pour lesquels je dois avoir dix-huit ans, ou certains domaines dans lesquels je suis moins reconnue à cause de mes seize ans. Mais finalement j’arrive à chaque fois à me remettre en selle et à trouver des solutions. Donc, même si la société essaye de séparer le monde des adolescents du monde des adultes, j’arrive quand même à me faufiler entre les deux, même si parfois c’est difficile.
Et puis comme tout le monde essaye de me le rappeler… j’ai la vie devant moi !

Apolline interview d'une ado en IEF

Tu souhaites faire à présent des études en psychologie. Est-ce un abandon du monde équestre ?
Non, au contraire. En équi-coaching, nous travaillons sur le miroir humain-cheval, afin de se découvrir soi-même, de se remettre en question parfois, et en équi-connexion, j’interroge régulièrement le cavalier sur ses sensations et émotions lors du contact avec le cheval, pour qu’il se reconnecte à son soi intérieur. Lors de mes séances avec Ithaque, que ce soit monté ou à pied, j’amène les gens à se connaître mieux eux-mêmes, à réaliser un début d’introspection. J’aimerais donc me diriger vers des études de psychologie afin de renforcer ce côté de connexion avec soi-même dans mes séances. De plus, je souhaite également commencer des études d’éthologie, pour connaître le langage et la mentalité des chevaux, et mieux les comprendre, alors je me suis dit… pourquoi ne pas faire de même avec les humains ? Je suis sûre que la psychologie m’aidera autant dans mon rapport avec les autres, autant en milieu professionnel que personnel, qu’avec les chevaux, et moi-même.

Merci beaucoup Apolline pour ton temps. On te souhaite de belles découvertes à l’université et en compagnie d’Ithaque.

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