Aujourd’hui je vous propose de découvrir mon système de suivi et d’organisation pour l’instruction en famille de ma fille, Nine. C’est un thème qui couvre énormément de choses et qui peut provoquer pas mal d’émotions. En effet, on veut tous aider l’enfant à organiser son temps de façon autonome. Mais on ne veut pas pour autant « perdre du temps » et certains enfants ont besoin de structure ou de répétition. Les possibilités sont multiples et donc ci-dessous je ne fais qu’une présentation d’un choix personnel : une fiche de mission inspirée du plan de travail adaptée à l’IEF. Cela fonctionne chez nous et cela pourrait inspirer d’autres familles. Cela ne veut pas dire que c’est une solution universelle.
Notre point de départ personnel :
– moi, maman, j’ai besoin d’un emploi du temps souple et modifiable aisément ;
– ma fille, de 12 ans, n’aime pas la répétition mais elle a besoin d’une organisation stable sur la semaine ;
– je veux qu’elle soit active dans l’organisation de son instruction ;
– sur le long terme, je veux qu’elle puisse avancer en toute autonomie et donc je veux lui donner des outils pour ça.
L’origine de mon idée :
– j’ai été très influencé par le plan de travail, un outil de la pédagogie Freinet ;
– j’ai testé plusieurs formats, dont la création chaque lundi matin d’une fiche pour la semaine à venir.
Fiche de missions ou plan de travail en IEF
Mon principe est très simple. J’ai fait la liste des « tâches », que chez nous, nous appelons « missions » car le système a été mis en place alors que Nine était passionnée par les espions. C’est resté ainsi depuis.
Actuellement au niveau collège, voici le principe.
Il y a sur la fiche ce que moi j’ai listé (français, maths, solfège, etc.) et ce qu’elle a demandé d’inclure car c’est compliqué pour elle de s’en souvenir (se brosser les dents) ou bien elle voudrait faire des efforts (ranger sa chambre tous les jours 5 minutes).
Puis pour chacun j’ai attribué un nombre de récurrences sur la semaine. C’est parfois associé à une durée (les maths fonctionnent par 30 minutes), le plus souvent il s’agit d’une activité précise (mais non notée sur la fiche).
Il y a eu un peu de tâtonnements car le but est que la fiche soit finie le dimanche soir. Il y a une « récompense » pour une fiche réalisée à 100 % (je détaille plus loin ce point). L’objectif est donc qu’il soit crédible de finir et qu’elle ait envie de se donner les moyens de finir.
Si ma fille le demande, on réévalue les récurrences de chaque thème. Ainsi en décembre dernier, elle a demandé à modifier l’histoire et la géographie (au lieu de trois fois chaque semaine, on est passé à deux fois sur une semaine puis trois fois la semaine suivante).
J’imprime les fiches progressivement (en général par quatre, soit un mois).
Au niveau primaire, c’était légèrement différent.
Je ne fonctionnais pas par matière mais par tâche concrète. Ainsi, il y avait « exercices page XX », « écrire à telle correspondante » ou « 30 minutes de jeux de société en anglais ». J’établissais donc la trame de la semaine sur cette fiche avec des carrés à cocher au fur et à mesure qu’on avançait.
Voici un exemple de fiches niveau collège, telle qu’elles sortent de mon ordinateur.

La prise en main par l’enfant
Le principe est très simple, à chaque fois que quelque chose est fait (en entier), la case associée peut être coloriée. Nous utilisons une couleur par jour pour ne pas perdre le fil.
Il y a un avantage et un inconvénient avec ce système de couleurs, je n’ai pas encore trouvé d’alternative intéressante.
L’avantage principale est que l’on suit visuellement la progression de la journée. On voit ce qui a été fait et si on est sur une petite ou une grosse journée de travail.
Le défaut est que certaines tâches sont bien plus chronophages que d’autres. Ainsi en histoire, si elle est en train de faire un faux-journal (comme elle l’a fait dans le chapitre sur l’Égypte, à voir ici), la tâche est validée quand elle a bien avancé. Une vision très subjective. Si ça lui plaît, elle peut passer deux heures dessus sans faire de pause. Si ce n’est pas ce dont elle a envie, juste avec une couverture elle peut valider une tâche. Si elle aime cette flexibilité, moi j’ai plus de difficulté à lâcher prise car j’ai parfois planifié dans ma tête que le chapitre serait fini avant le week-end alors qu’il va falloir le poursuivre la semaine suivante.
Comment savoir ce qu’il y a à faire, concrètement ?
Comme je le disais, au niveau élémentaire, chaque carré ou rond à colorier était associé à un action précise : un chapitre à lire, un exercice à faire, etc.
Puisque l’un de mes objectifs est de favoriser son autonomie, aujourd’hui elle doit elle-même suivre ce qu’il se passe. Il y a donc plusieurs possibilités, je ne vais pas tout décrire mais voici quelques exemples.
– En maths, avant chaque chapitre je liste les exercices et je vérifie la leçon. Je prends le tout en note sur une fiche placée dans le livre de maths. Donc sur la liste des tâches, le plus souvent je ne mets rien sauf s’il y a un nouveau chapitre (car tout nouveau chapitre se découvre à deux, donc sur un temps d’instruction où je suis 100 % présente).
– En grammaire, nous avançons avec le fichier tour du monde en dictées CM2-6e. Elle le sait, je n’ai pas besoin de le préciser. Chaque dictée est associée à une leçon de grammaire précise, donc je relève des exercices dans un cahier de vacances et je les note sur sa fiche de la semaine. Sur les quatre séances de grammaire de la semaine il y a : la préparation de la dictée le premier jour, la dictée le dernier jour et entre les deux, deux séries d’exercices qui sont souvent les seules à figurer sur son plan de travail IEF.
– En géographie, je donne des pages à lire ou des pages d’exercices, je découpe directement en nombre de séances.
Voici un exemple que j’ai recopié sur ordinateur pour vous éviter mon écriture pattes de mouche :

Cela inclut d’accepter les couacs. Ainsi, elle a déjà fait des exercices du livre de français qu’on utilise pour l’étude de textes faits à la place d’exercices de grammaire. Ou alors plusieurs séances d’anglais en ligne pour éviter de faire l’anglais étude de langue ensemble.
Avoir une motivation à faire la fiche
Ici aussi, le système en place depuis deux ans (et qui fonctionne sans accroc) a demandé des tests, des erreurs et des adaptations.
Il y a sur la fiche des choses que Nine ne veut pas faire et d’autres qu’elle adore. J’ai déjà parlé de développer le goût de l’effort, je ne vais pas revenir dans les détails. Mais il me semblait important d’offrir quelque chose face à une fiche intégralement terminée car cela demande un investissement régulier et conséquent.
Au départ, chaque carré de fiche colorié permettait de colorier une plus grande trame (un coloriage que j’avais imprimé et découpé en 150 cases). Lorsque celle-ci était pleine, Nine choisissait une récompense. Il y avait au choix un gouter en salon de thé, un livre, une soirée dîner-ciné, etc.
Le problème est que cela ne lui donnait pas forcément envie de tout faire car cela avançait quand même, lentement, mais cela avançait. Donc maintenant c’est avec la fiche complète uniquement qu’elle reçoit une récompense.
L’autre problème est la conséquence à ne pas faire.
Lorsqu’une fiche n’est pas finie, il n’y a pas de problème sur le coup, pas de menace, pas de punition. Mais sur la fiche de la semaine suivante, j’encadre en rouge toutes les cases à cocher des éléments qui n’ont pas été faits. Cela me permet de surveiller les baisses de motivation sur une matière ou un thème.
La fiche n’a toujours pas l’obligation à être finie, sauf ce qui a été entouré en rouge. Mais je m’engage à l’aider autant qu’elle le souhaite pour y parvenir. C’est important car cela peut concerner une matière qu’elle étudie surtout en autonomie.
Je n’ai jamais eu le cas où les cases rouges n’étaient pas faites la semaine suivante. Toutefois, comme il est important pour Nine de connaître les conséquences et récompenses avant de commencer, on en a discuté. Puisque je lui offre du temps en plus pour étudier (mon temps car ma présence à 100 % à ses côtés), si elle n’a pas été capable d’en profiter, elle doit m’aider dans les choses qui me demandent du temps. Comprendre des tâches ménagères non gratifiantes.
Entre nous, il va falloir revoir ce principe car Nine a déclaré vouloir plus sérieusement apprendre à vivre seule dans une maison et donc on varie plus sa participation aux tâches ménagères pour qu’elle sache progressivement tout faire.
La souplesse de ce système
C’était dans mes arguments initiaux et finalement j’en ai peu parlé.
Ce système permet à Nine de choisir au fur et à mesure ce qu’elle étudie. Il y a des jours où elle veut écrire, d’autres où elle préfère lire ou bricoler. Ce système permet de s’adapter à son humeur, son énergie mais aussi à la vie à l’extérieur de la maison.
Pour moi, c’est aussi la possibilité de cocher (je mets une croix) ce que je retire, d’alléger la semaine.
Un concert est prévu sur le week-end avec trois répétitions supplémentaires au conservatoire ? Je coche plusieurs cases pour alléger sa semaine.
On va faire une sortie au musée ? Je coche un peu d’histoire et éventuellement de littérature ou de sciences suivant la visite.
De la famille vient de loin pour plusieurs jours ? Je retire l’équivalent de deux jours d’instruction.
Ce n’est pas parfait, mais c’est aujourd’hui ce qui nous convient à toutes les deux. En parallèle, j’utilise toujours le planning IEF pour faire mon suivi perso de ce qui est étudié et ainsi avoir un support complet et pratique à utiliser pour préparer mon dossier pédagogique avant de rencontrer l’inspecteur une fois par an.
Cet article est finalement beaucoup plus long que je ne le pensais. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à laisser un commentaire. J’espère que cela inspirera certaines familles !


Super inspirant, même pour un enfant scolarisé pour ses tâches autres ou complémentaires aux devoirs (instrument de musique, révisions du vocabulaire en langues, etc.) !
Oui tout à fait, même si je n’y avais pas pensé.
C’est une version plus poussée de ce que l’on propose parfois aux touts-petits où l’on annonce « se brosser les dents », « ranger son pyjama ».
Merci pour ce bel exemple !!!