Les émotions, ce n’est pas que pour les enfants

Au tout début de l’été, j’ai choisi de suivre des ateliers sur les émotions et plus précisément sur la colère avec Claire Schepers. Elle m’a convaincue avec son idée que ce n’est pas au cœur des tempêtes émotionnelles que l’on peut trouver des réponses et des outils, mais en anticipant la tempête. Ses ateliers sont à destination des adultes et à chaque fois les parents étaient nombreux. Nous étions présents dans l’idée de comprendre nos émotions, de la même façon que de nombreuses ressources en ligne permettent d’aider les enfants à comprendre les leurs.

Car les émotions ne sont pas réservées aux enfants. En effet, comment bien transmettre quelque chose que l’on ne comprend pas, que l’on n’applique pas sur soi-même ?

En deux ateliers, je suis très loin d’avoir fait le tour de la question et j’ai beaucoup à apprendre. Cependant ayant trouvé ces rencontres passionnantes, j’ai envie de vous donner quelques clés et pour cela, j’ai posé quelques questions à Claire.

N’hésitez pas à suivre le compte Instagram de Claire pour vivre en direct son propre cheminement au milieu de ses émotions et celles de ses enfants et inscrivez-vous à sa page Facebook pour y lire des textes plus posés invitant souvent à la réflexion.

atelier écriture pour comprendre les émotions
Claire Schepers – Crédit : Amandine Gimenez Photographie

Bonjour Claire, tu es accompagnatrice dans l’exploration émotionnelle. Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi et ton métier ?
Je suis écrivaine avec une grande sensibilité aux émotions depuis toujours. Et depuis quelques années, j’essaie de mettre des mots dessus.
J’ai l’impression que le monde serait plus beau si on pouvait plus écouter ce qui vit en nous.
C’est pourquoi j’ai décidé de faciliter l’exploration émotionnelle grâce à l’écriture et l’échange.
Ce n’est pas facile de définir ce que je fais, puisque c’est une idée originale : proposer de mettre à disposition les outils de l’écriture, notamment créative, et créer une atmosphère bienveillante pour que chacun puisse mettre des mots sur ce qui l’anime.

Quand on parle des émotions, on pense souvent aux enfants. D’ailleurs quand j’ai voulu acheter un livre sur le sujet pour ma fille de 8 ans, la libraire m’a dit qu’elle était déjà trop grande et que les livres disponibles sont pour les enfants de moins de 6 ans, comme si j’avais loupé une étape de son développement ou de ses apprentissages. Qu’en penses-tu ? Y-a-t-il un âge pour « étudier » ses émotions ?
Bon, d’abord, je fais partie des gens qui pensent qu’il n’y a pas un temps et un âge pour apprendre.
Après, c’est vrai que ce serait super chouette si nos enfants dès le plus jeune âge pouvaient mettre des mots sur leurs émotions. D’ailleurs, j’y œuvre : avec mes enfants à moi mais aussi en écrivant des histoires pour enfants où les émotions sont mises à l’honneur…
Mais ce que l’on ressent, ce qui vit en nous, c’est très complexe ! Ça fait partie des apprentissages de toute une vie de s’écouter, de percevoir ce que l’on ressent, de voir ce que ça peut bien vouloir nous dire. Est-ce que la colère, là, cache de la fatigue, de la tristesse, de l’indignation ? Mon stress est-il dû à l’excitation et me pousse en avant ou est-il le signe d’une angoisse enfouie ? Ce sont des exemples de questions importantes et difficiles encore pour nous adultes.
Surtout que, actuellement, nous sommes de nombreux adultes à ne pas avoir appris à mettre des mots sur nos émotions. On a entendu « Ne pleure pas ! », « Tu t’écoutes trop ! » ou même simplement « c’est pas grave ! » ou « vois le positif » sans avoir creusé ce que l’on ressent et ce que ça nous dit.

Pas d'âge pour comprendre les émotions
Crédit : Pixabay

Tes ateliers et tes ressources s’adressent à tous les adultes et en particulier aux parents. Pourquoi les parents et non les jeunes et les enfants justement ?
Comment pourrait-on aider les enfants à grandir en exprimant leurs émotions, si on n’en est pas capable soi-même ?
Quand j’ai commencé ma formation en Communication Non Violente, ce qui m’a frappée, c’est qu’il ne s’agit pas de trouver des recettes pour bien communiquer avec les autres, il s’agit d’abord d’avoir conscience de ce qui vit en nous. C’était une révélation pour moi : ben oui, comment veux-tu communiquer avec les autres de manière claire, si ce qui t’anime n’est pas clair pour toi ?
Et alors que je voyais partout sur Internet des espaces pour parler de parentalité, des articles, des livres qui nous disent à quel point c’est important la sécurité émotionnelle des enfants (et ça l’est !), il me semblait qu’il manquait d’espaces pour explorer nos émotions à nous, riches, complexes…

Quand on parle de parentalité positive, on la présente souvent comme une série d’outils pour communiquer avec son enfant. De ton côté tu proposes des outils et des pistes de réflexion pour communiquer avec soi-même avant tout. Même si c’est un retour au base de la Communication Bienveillante que tu viens d’expliquer, ne serait-ce pas un processus un peu égoïste ? Quand on a un quotidien très chargé, ne vaut-il mieux pas se concentrer sur autre chose, les enfants en premier ?
Pour ma part, je préfère le terme « parentalité en conscience » à celui de positive ou bienveillante. Car ce qui est fondamental pour moi c’est d’être conscient de comment nous fonctionnons, nous humains, et comment les enfants fonctionnent aussi, pas forcément différemment en soi mais en construction. Avoir conscience des impacts de ce que l’on dit, et réfléchir à ce que l’on fait et pourquoi on le fait. Faire les choses non pas parce que « il faut » mais parce que c’est ce qu’on a décidé de manière éclairée.
En clair, je ne crois pas à une boite à outils, à des méthodes à appliquer et c’est magique, ça marche. Bien sûr qu’il y a des « trucs » qu’on peut se passer mais ça n’a de sens que si ça correspond à ce qui nous parle, nos valeurs, nos besoins et leurs réalisations à notre sens. (Note de Tiphanya : à ce sujet, je vous conseille l’article plein d’humour, La parentalité bienveillante est une belle arnaque).
C’est pour ça que c’est si important de communiquer avec soi-même ! Comment savoir ce qui est important pour nous si on ne prend pas le temps d’explorer en soi ?
En tant que parents, on a tendance à parer au plus pressé devant la tempête qu’est l’arrivée d’un enfant. Il y a souvent un mode survis. Ce sont les réactions primaires qui prennent le contrôle et on est dans une logique à court terme : assurer la sécurité physique et affective de nos enfants. Et bien sûr qu’ils passent en priorité d’abord mais je crois que c’est justement dans ces moments-là qu’il est primordial de prendre du temps pour explorer en soi.
Se créer un espace où on s’écoute, on se pose des questions, on réfléchit à ce qu’on fait, ce que ça provoque chez nous en émotions, pourquoi… et ainsi pouvoir trouver comment être avec ses enfants au-delà de recettes toutes faites qui ne nous correspondent pas forcément.
On dit souvent que c’est comme dans les avions « mettez votre masque d’oxygène avant d’aider les autres ». Je crois que si on nie ce que nous disent nos émotions, à un moment, on craque et ce n’est pas efficace du tout. C’est donc tout sauf égoïste. Et j’ajouterai que les enfants apprennent par l’exemple donc si vous voulez que vos enfants sachent gérer leurs émotions, ça aidera si vous gérez les vôtres.

J’ai moi-même participé à plusieurs de tes ateliers et quand j’en parle autour de moi, plusieurs freins sont exprimés. Le premier est que les émotions sont un sujet très personnel, ce n’est pas fait pour en discuter avec une inconnue. Pour autant tes exercices permettent de prendre de la distance. Que mets-tu en place pendant tes ateliers pour offrir respect et intimité à chaque participant ?
Je ne vais pas prétendre qu’on ne se dévoile pas en faisant des ateliers dont le but est de mettre des mots sur les émotions.
Mais plusieurs choses : parler d’émotions ne veut pas forcément dire raconter sa vie !
Je me base sur des exercices d’atelier d’écriture, l’imagination est la bienvenue. Il y a même des exercices où c’est clairement demander d’imaginer une situation.
Bien sûr qu’on parle toujours un peu de soi mais comme je le rappelle au début, on a tous conscience qu’on écrit ce qui vient, que c’est une expérimentation et que donc on n’est pas là pour savoir ce qui est la vérité de leur vie dans ce qu’ont écrit les autres.
Ensuite, je garantis un cadre bienveillant et sans jugement : je me porte garante de ça et si je vois qu’on glisse vers quelque chose qui peut mettre mal à l’aise un participant, je recadre l’ensemble.
Vous pouvez à tout moment de l’atelier, faire une pause, couper le son / la caméra, arrêter définitivement, ne pas faire un exercice, ne pas lire ce que vous avez écrit, ne pas participer à un échange. Tout cela sans besoin de vous justifier du pourquoi. On peut toujours m’envoyer un message par le biais de la messagerie instantanée pour me faire part d’un de ces choix et je gère auprès de la dynamique de groupe sans problème. Sentez-vous libre.
Et puis oui, on parle avec une inconnue ou plutôt avec plusieurs inconnu-e-s (j’anime et facilite l’atelier mais je ne suis pas au-dessus, je fais les mêmes exercices en même temps si c’est possible), chacun-e chez soi, derrière son écran. Vous n’allez pas recroiser le lendemain la personne à la boulangerie, ce qu’elle aura perçu de votre vie ne devrait pas avoir d’impact sur la vôtre. Vous pouvez d’ailleurs choisir un pseudo à la place de votre prénom et ne pas mettre la caméra si vous préférez.
Enfin, si vraiment vous voulez creuser vos émotions mais avez peur du groupe, je propose d’autres solutions que les ateliers collectifs : comme de l’accompagnement individuel (en savoir plus) et le projet 365 explorations émotionnelles, pour creuser quelques minutes chaque jour (qui est libre et gratuit !)
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Merci beaucoup Claire pour ton partage d’expérience si enrichissant.

Pour rester dans les émotions, n’hésitez pas à consulter cette sélection de livres pour apprivoiser ses peurs.

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