Mon avis sur L’extraordinaire destin de Jeanne Barret

La première femme connue pour avoir fait le tour du monde est Jeanne Barret. Lettrée, botaniste, courageuse, forte, son nom se retrouve dans les textes de Bougainville et Diderot tandis que le roi Louis XVI lui attribue une pension. Mais comment tout ceci a pu être possible à une époque où les femmes sont strictement interdites sur les navires français ?
C’est ce que nous raconte Camille Salomon dans le roman L’extraordinaire destin de Jeanne Barret.

Roman l'extraordinaire destin de Jeanne Barret

J’ai reçu ce livre en service de presse par les éditions Scrineo.

PublicÀ partir de 12 ans
UtilisationEn famille, en club lecture, en cours d’histoire
Compétence du socle communSoit en français 6e ou 5e, soit en histoire 4e
Type de pédagogiePeut être vu comme un livre vivant, d’après la pédagogie Mason/td>
Prix14,90€ – commander maintenant

Présentation du livre L’extraordinaire destin de Jeanne Barret

Née dans le Morvan, rien ne prédestinait Jeanne Barret à partir faire le tour du monde. C’est le hasard et en particulier son travail de femme de chambre chez le botaniste Philibert Commerson qui change tout.
Ce médecin a postulé pour participer à l’expédition scientifique de Bougainville et il a été retenu. Il utilise l’argument de sa santé et du travail à fournir pour conserver de nombreuses plantes afin d’emmener avec lui un valet choisi avec soin : Jean Barret.
En effet, les femmes ne sont pas autorisées à bord alors Jeanne se travestit et embarque pour un long voyage qui se terminera plus ou moins à l’île Maurice.

Ce récit est une biographie imaginaire, c’est-à-dire qu’elle repose sur des éléments tangibles et vérifiés par des historiens et historiennes. C’est surtout un roman que l’on lit avec plaisir, en se laissant porter par les mots, même si cela veut dire que l’autrice a pris quelques libertés.

Qui était Jeanne Barret ?

Le roman m’a donné envie d’en savoir plus et j’ai surtout découvert que la réalité semble insaisissable, une facette que ne montre pas le roman (mais j’en reparle plus loin, dans le paragraphe avec mon avis perso).

Ainsi, on dit partout que Jeanne Barret est née le 27 juillet 1740. Cependant, l’enfant nommé Jeanne Barret qui est né ce jourlà est décédé moins de trois ans plus tard.
Il n’y a aucune mention, aucun document qui permet d’affirmer quoique ce soit sur la vie de la femme qui a voyagé sous le nom de Jean Barret à travers les océans du monde avant août 1764, lorsqu’elle signe un certificat de grossesse.

portrait de Jeanne BarretJe vous conseille le site Jeanne Barret Tour du monde si vous souhaitez consulter des copies de documents historiques et leur transcription, connaître les conclusions que l’on peut en faire aujourd’hui.

Actuellement, les sources historiques font qu’on ne peut qu’imaginer, supposer, conjecturer, s’amuser.
Ainsi, Jeanne Barret aurait appris à lire grâce à sa mère protestante, grâce au curé local ou même grâce à Commerson quand elle est entrée à son service.

Il y a tout de même des certitudes.
Elle formait un couple avec Commerson, celui-ci ayant véritablement pris soin d’elle, en particulier financièrement. Elle a coupé ses cheveux et s’est intégrée à l’équipage de L’étoile sans trop de difficulté. Elle a joué un rôle essentiel dans la collecte de nombreux plants pendant tout le voyage. Elle a été reconnue par Louis XVI comme « une femme d’exception ».

C’est pourquoi on dit d’elle qu’elle est la première femme à avoir fait le tour du monde, à une époque où il y avait déjà eu plusieurs femmes pirates célèbres.

La collection Scrineo Destinées

Ce livre est l’un des titres de la collection Scrineo Destinées dont chaque texte est une biographie. Il y a actuellement 8 titres et j’en ai lu 3. Pour ceux que ça intéresse j’ai fait une publication Instagram sur le récit dédié à Marie Curie.

La grande majorité des textes se concentre sur des personnes très connues mais souvent mal connues comme Marie Curie, Champollion et La Fontaine. On y croise aussi des personnes qui sont plus discrètes dans le fil de l’histoire, comme Jeanne Barret ou Roger Godfrin (qui a survécu au massacre d’Oradour sur Glanne).

Il y a également une volonté flagrante de mettre des femmes à l’honneur puisque 5 titres (sur 8) sont dédiés à des femmes ou des fillettes.

Enfin, les auteurs et autrices ont déjà tous publiés d’autres textes.

Tous les ingrédients sont là pour avoir une collection bien faite, à destination des collégiens pour s’intéresser à des figures ou des moments clés de l’histoire.

Deux titres de la collection Scrinéo Destinées

Mon avis critique sur L’extraordinaire destin de Jeanne Barret

J’ai vraiment apprécié ma lecture car l’écriture est fluide. Toutefois, l’autrice fait énormément monter l’anxiété autour du risque pour Jeanne Barret d’être découverte, un stress dont je ne suis pas fan et qui fait que je conseille ce livre plutôt à partir de 13-14 ans. Il est indirectement ou directement question de violence sexuelle.

Et d’ailleurs, puisqu’on en parle, j’ai été gênée par une certaine insistance de l’autrice à rappeler la féminité de Jeanne Barret. Il est dit qu’elle garde ses cheveux longs pour maintenir son identité de femme, qu’elle a les mains fines, qu’elle a la délicatesse d’une femme pour s’occuper des malades.
Ce sont des stéréotypes qui m’énervent, toutes les femmes ne sont pas douces et instinctivement programmées à jouer les garde-malades. Par ailleurs, c’est aller au-delà de la réalité historique puisque je suis tombée sur des textes qui affirment qu’elle aurait coupé ses cheveux et tout fait pour dissimuler son identité. De plus, venant de la campagne et n’ayant eu que des emplois manuels (y compris celui d’assistante botaniste), elle n’avait probablement pas les mains douces et délicates.

D’un autre côté, et de façon totalement paradoxale j’en ai bien conscience, j’apprécie que l’autrice prenne des libertés pour faire de Jeanne Barret un porte-drapeau des idées des Lumières (et montrer le basculement philosophique qui s’opère dans la société française). Par exemple, elle questionne le terme « sauvage » pour désigner les Polynésiens. Elle introduit la possibilité d’un mariage hors classe sociale, inspirée par Rousseau.

Au final, l’autrice s’est emparée de son personnage et elle l’intègre relativement bien dans son contexte. C’est d’ailleurs pourquoi je l’ai ajouté dans ma liste de livres vivants pour le collège. Cette lecture permet d’en savoir plus sur Bougainville (même si l’originalité de son expédition est passée sous silence). J’aurai juste aimé un dossier historique final un peu plus clair pour comprendre ce qui est totalement de la fiction (son premier travail d’assistante botaniste pendant l’enfance) de ce qui ne l’est pas (la taverne qu’elle a tenu à Port Louis pendant quelques années).

Les plusavantages

Les moinsInconvénients

  • Agréable à lire
  • Base historique solide
  • Introduit les philosophies des Lumières
  • Entre dans le programme de 4e
  • Véhicule plusieurs stéréotypes de genre
  • Ne fait pas le tri entre le vrai et le faux

Conclusion

Après cette lecture, et alors que j’avais aussi apprécié la biographie de Marie Curie et celle de Champollion, je vais surveiller les autres sorties dans la collection Scrineo Destinées. J’aime la possibilité qui nous est donnée de plonger dans le passé, dans les pas d’une personne précise et ainsi de découvrir une façon de penser, de vivre, de faire changer les choses.

D’ailleurs, je n’ai appris qu’en écrivant cet article que l’illustration que l’on retrouve partout de Jeanne Barret, celle qui inspire la couverture (celle avec une tenue à rayures plus haut dans l’article), n’est en rien un portrait. C’est une œuvre réalisée longtemps après sa mort, personne ne sait à quoi elle ressemble avec précision.

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