IEF – Quelles questions l’inspecteur va-t-il poser à mon enfant ?

J’aurai presque dû mettre des guillemets à mon titre. Si vous êtes membres de groupes Facebook dédiés à l’instruction en famille (IEF), vous l’avez vu passer sous toutes ces formes : « pourriez-vous m’informer sur ce qui est demandé aux enfants CE1 et CM2 lors du contrôle académique » ou « j’aimerai avoir votre avis sur les acquis de mes filles en vue de ce contrôle ».

Je ne réponds pas à ces discussions car les rendez-vous fluctuent bien trop d’un lieu à un autre. Nous avions déjà témoigné de certains rendez-vous sur le blog pour vous montrer comment deux enfants du même âge pouvaient avoir des contrôles radicalement différents.

Puisque cette année, ma fille a eu son dernier rendez-vous avec une équipe pédagogique précise (puisqu’elle sera de niveau « collège » l’année prochaine), je me suis dit qu’il était peut-être temps de vous donner mon avis et des réponses concrètes sur le sujet.
Ce qui me motive aussi est que cette année, nous étions avec la même équipe, dans le même bureau mais avec un tout nouvel inspecteur. Et cela me donne de beaux exemples pour vous expliquer pourquoi ce n’est pas sur un groupe Facebook que vous trouverez les réponses adaptées à votre futur rendez-vous.

Qui suis-je pour parler de ça?

Comme il est important de situer son contexte, voici quelques informations utiles :
– J’ai accompagné ma fille pour sa propre instruction en famille à cinq contrôles dont deux dans une école et trois dans les bureaux de l’inspecteur, un seul en présence de mon conjoint.
– J’ai été témoin pour deux mamans de ma région mais dépendant d’autres inspecteurs, pour des enfants de niveau élémentaire également, trois rendez-vous (en tout) qui se sont déroulés à domicile.
– J’ai un master de didactique des langues (en gros comment enseigner une langue étrangère) et j’ai enseigné dans des écoles ne dépendant pas de l’Éducation Nationale. Mais je connais pas mal de vocabulaire « technique ».
– Je suis une maman blanche, avec un nom/prénom classique et je ne porte pas le foulard. Je le signale car dans ma ville, une plainte pour discrimination a été déposée à la suite de certains contrôles. J’ai conscience d’avoir plusieurs privilèges en ma faveur.

Le rendez-vous avec l’Éducation Nationale en IEF

Lors de deux rendez-vous auxquels j’ai assisté, la loi annonçait que l’enfant devait avancer de façon à avoir étudié à 16 ans tout ce qui est dans le socle commun. À présent, c’est légèrement différent car les rendez-vous peuvent reposer sur la progression par cycle. Je me concentre sur la loi telle qu’elle est aujourd’hui en 2022.

Le principal objectif de ce rendez-vous est de constater la réalité de l’instruction de l’enfant !

C’est l’idée principale et cela implique qu’il y a une progression d’une année sur l’autre. Et ce n’est donc (officiellement) pas un test de niveau, même si j’ai un peu l’impression à chaque fois que l’on tente de faire passer le bac à tous les enfants concernés.
Cela veut dire que les parents doivent montrer qu’ils mettent en place des choses permettant à l’enfant d’apprendre, idéalement (pour l’inspecteur car en tant que parent on a plus de souplesse) dans le respect des cycles. L’enfant doit pouvoir discuter et réaliser quelques exercices (oraux ou écrits) montrant que les parents ne racontent pas de mensonges.

En gros, si vous avez des preuves matérielles que vous faites de la grammaire régulièrement mais que le jour de la rencontre votre enfant ne réussit pas les exercices, ce n’est pas grave. Toujours selon les textes de loi, on est d’accord.

Si vous avez des questions précises sur la loi, les limites, les attentes, etc., une seule source peut vraiment vous renseigner : le vademecum instruction en famille.

Chaque inspecteur effectue des rendez-vous différents

Donc si je reprends : j’ai assisté à 8 contrôles dans ma vie, dans trois villes du même département, avec 5 inspecteurs différents et 6 conseillers pédagogiques.

– 3 à la maison, 2 dans une école, 3 dans le bureau de l’inspecteur
– à deux reprises, il a été demandé d’isoler l’enfant pour lui faire réaliser des exercices. Demande refusée par le parent qui a obtenu gain de cause à chaque fois. Cependant lors d’un rendez-vous, s’il n’y avait pas eu un 2e adulte, il aurait été très difficile de rester avec l’enfant.
– 5 fois l’inspecteur avait des exercices prêts à l’avance (standardisés donc), 1 fois aucun exercice n’était prévu (car premier rendez-vous de niveau CP, dixit l’inspecteur), 2 fois seuls les supports de l’enfant ont été pris en compte.
– certains compte-rendus tenaient sur une page, d’autres faisaient jusqu’à trois pages pleines.
– à un rendez-vous les manuels ont été jugés totalement nuls, à 2 rendez-vous l’inspecteur n’a rien regardé, à 2 rendez-vous il a tout regardé, aux 3 autres il s’est contenté de consulter le français et les maths.

Voici un exemple concret de l’influence de l’inspecteur et uniquement de l’inspecteur sur les rendez-vous.
J’ai fait quatre rendez-vous IEF avec l’inspecteur C. Les questions et discussions portaient sur mon organisation et en quoi elle permettait à ma fille d’apprendre dans de bonnes conditions. Celle-ci n’aime pas écrire, donc nous avons parlé de lapbooks, d’initiation à la typographie, de jeux de langues, etc. Il a toujours trouvé très intéressant le lien que je faisais entre les sciences et l’écrit. Puisqu’elle adore l’astronomie et la chimie, autant que l’écriture se fasse autour de ces thèmes. Il m’a suggéré un livre de grammaire, limitant l’écriture et les exercices répétitifs pour travailler en priorité à partir de textes (contes, nouvelles, documentaires, etc.). Ce conseil reposait sur ce qu’il savait de ma fille. Il aimait bien le concept de Poetry Tea time.
À plusieurs reprises, il a aussi vanté mon organisation reposant principalement sur le planning IEF disponible ici.

IEF rdv inspecteur questions et supports
Extrait d’un lapbook effectué à partir de la lecture du roman Calpurnia

L’inspecteur C. étant parti vers de nouvelles aventures, il a été remplacé par l’inspecteur R.
Celui-ci était face à des familles en IEF très probablement pour la toute première fois de sa vie. Nous le rencontrions aussi pour la première fois.
Il ne s’est intéressé qu’à mon organisation, sans jamais poser une seule question sur ma fille. Pourquoi pas… Sauf que pour lui, faire de l’écriture par rapport à un programme de chimie qui ressemble à du niveau 4e, ça ne va pas. Qu’un manuel qui a très peu d’exercices de grammaire reposant sur la répétition, ça ne va pas. Que ne pas inclure deux poésies à apprendre par cœur chaque mois, ça ne va pas. Et je ne vous parle même pas de mon planning IEF dont il ne voit pas l’intérêt. Lui, il voulait uniquement un planning annuel établi en septembre, annonçant avec précision quelle semaine je ferai quelle leçon de maths et de grammaire, quel artiste j’étudierai chaque mois, quelles poésies seraient apprises.

Aucun des deux n’effectuait un contrôle illégal, défiant les règles précisées dans le vademecum.

L’inspecteur C. laissait le conseiller pédagogique présenter les exercices déjà prêts et « adaptés » (comprendre que ma fille pouvait refuser tout ce qu’elle voulait et que j’ai déjà annoncé que je refusais certains types d’exercices). Quand elle avait fini, nous regardions tous ensemble ce qui avait été fait, avec une mise en avant de combien ma fille est géniale (puis très discrètement les quelques points à retravailler mais en général, c’était tellement identique à ce que j’avais annoncé que nous n’en parlions pas). On était uniquement dans la valorisation de l’enfant (et dans le fait de me rassurer face à sa non-utilisation des règles de grammaire et conjugaison en rédaction).

L’inspecteur R. a commencé par un point sur les connaissances vues strictement en grammaire et mathématiques pour que les exercices soient adaptés. C’était une belle occasion de langue de bois, car en réalité les exercices étaient déjà prêts et photocopiés, comme tous les ans. Le conseiller pédagogique a fait comme d’habitude, laissant ma fille choisir ce qu’elle voulait mais sans la possibilité de lui proposer un niveau supérieur ou inférieur à son âge (comme avec l’autre inspecteur, mais lui avait l’honnêteté de le reconnaître). À la fin des exercices, l’inspecteur n’était plus disponible, mais le conseiller pédagogique a tout de même pris le temps de me montrer rapidement ce qui avait été fait.

Et les exercices alors ?
Là encore, difficile de donner des conseils, de faire des généralités. Ma fille a l’âge d’être en CM2. Les 3/4 de ce qu’on lui a demandé était identique à ce qu’on a demandé dans une autre ville à sa copine qui a été évaluée au niveau CM1.
J’ai vu une inspectrice engueuler une petite fille de 7 ou 8 ans, car à la question « comment dit-on bonjour en anglais ? » la petite a répondu « hello » et non « good afternoon ». J’ai vu un enfant de 10 ans (environ) ne pas connaître ses tables de multiplication et n’avoir aucune remarque négative (ni sa mère derrière). J’ai vu des enfants devoir présenter leurs connaissances en histoire (sur le thème vu durant l’année et non en lien avec le « programme ») tandis que ma fille n’a jamais été interrogée sur cette matière.

Mais alors, comment se préparer?

Je pense qu’en tant que parents, nous avons deux choses à faire :
→ Instruire nos enfants aux mieux, selon nos valeurs et leurs spécificités ;
→ Connaître la loi et exiger qu’elle soit respectée.

La loi annonce un mois de délai entre le courrier et le rdv : exigez que ce soit le cas !
La loi permet de rester avec votre enfant (ce ne sont pas les textes liés à l’IEF par contre) : ne quittez pas votre enfant si ça met l’un de vous mal à l’aise !
La loi demande des exercices adaptés aux apprentissages de l’enfant : consultez les exercices ou annoncez clairement ceux que vous refusez !

On nous demande d’être irréprochable. On demande à nos enfants de se conduire correctement devant des inconnus et de réaliser un examen qu’aucun enfant scolarisé ne connaîtra avant le brevet des collèges.
Alors en retour, demandons-leur d’être irréprochables. Sans craindre que cela nous porte préjudice. Vous serez plus respectés en demandant le respect qu’en laissant passer un souci sans oser ouvrir la bouche.

Peut-être que vos rendez-vous se passent bien. Que les rendez-vous de vos amis ou de ceux de votre région se passent bien. Ainsi, quand j’ai commencé à échanger sur le sujet dans ma ville, il n’y avait pas de soucis. C’était le premier discours. Mais en creusant, c’était un pas de soucis, tant qu’on accepte que l’enfant se rende dans une pièce sans ses parents pour faire des exercices standardisés. Pas de soucis, tant qu’on ne porte pas le foulard. Pas de soucis, tant que l’enfant a fini le programme de CE1 lorsqu’il est inspecté en janvier sur ce niveau.

Actuellement, le déroulé des rendez-vous change en fonction de l’inspecteur que l’on rencontre.
En réalité, le déroulé des rendez-vous devrait changer en fonction de la famille qui prend place dans la salle.

Pour bien vous préparer, cherchez la confiance en vous et vos enfants. Si ce n’est pas suffisant, entourez-vous de personnes qui vous tirent vers le haut et relisez les différents textes de loi. C’est tout ce dont vous avez réellement besoin !

En savoir plus
Côté législation, deux associations ont des sites mis à jour et surtout proposent un service d’aide juridique : UNIE et LED’A (les enfants d’abord)

https://association-unie.fr/loi-sur-lief/

https://www.lesenfantsdabord.org/la-loi/le-cadre-juridique/

Notez que la loi vient de changer, on passe d’un système de déclaration à une demande d’autorisation et tous les textes ne sont pas disponibles. Mais ce changement n’inclut pas de modifications sur les modalités des rendez-vous avec l’Éducation Nationale.

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