Comment donner le goût de l’effort ?

Nota Bene : contrairement à de nombreux articles présents sur Mon autre reflet, il ne s’agit pas de vous donner des réponses mais plutôt de partager avec vous une réflexion personnelle.

donner le goût de l'effort en IEFQuand on évoque l’instruction en famille avec des personnes n’ayant jamais réfléchi à ce concept, certaines questions reviennent souvent. Il y a celles sur la socialisation (qui a fait le sujet d’un épisode de notre podcast sur l’IEF) et celles sur le contenu des apprentissages. On peut passer dans la même discussion, avec le même interlocuteur, de « est-ce qu’il/elle apprend les maths ? » à « c’est génial de pouvoir suivre son rythme » pour finir avec « mais il/elle n’aura jamais le goût de l’effort ».

J’ai beau avoir une certaine ancienneté dans les discussions avec des inconnus pour présenter l’IEF (et rassurer sur la législation), j’ai souvent du mal à suivre le raisonnement de mes interlocuteurs. Je ne comprends pas leur véritable inquiétude et du coup je ne sais quoi leur répondre.

Qu’est-ce que « le goût de l’effort »?

Si l’on s’en tient au terme exact, le goût de l’effort signifierait avoir plaisir à surmonter une difficulté. Dit comme ça, cela semble effectivement attirant, être un battant, aimer les challenges et les réussir.

On peut aussi présenter ça différemment. Cela consisterait à aimer se confronter à la difficulté, un truc que fondamentalement l’humain n’aime pas. Car c’est probablement pour éviter les difficultés que l’on a inventé des choses comme les enclos (ça évite de courir après le bétail) ou la roue (c’est moins lourd à porter). Je force le trait, mais il me semble donc que ne pas vouloir affronter la difficulté est plutôt une bonne chose.

Sauf que l’on dit aussi que sans effort il n’y a pas de réussite. Qu’apprendre les maths (toujours les maths bizarrement ou alors éventuellement les verbes irréguliers anglais), c’est fournir un effort qui sera utile pour plus tard.

Les maths pour apprendre l'effort ?

Quel est le lien entre école et effort ?

Il y aurait, vu le contexte où l’on me parle de ce thème, un sous-entendu que le goût de l’effort s’acquière à l’école et que l’on ne peut l’apprendre ou le développer dans le cadre strict de la famille. Et effectivement, en creusant un peu le sujet, école et effort sont très souvent associés, en premier lieu sur les bulletins de note « doit faire plus d’effort ». On trouve également en ligne des articles ou témoignages sur le fait de bien faire ses devoirs quand on a le goût de l’effort (ou l’inverse), le besoin de réintroduire l’effort dans l’instruction des écoliers, etc.

Je pense que l’école demande de nombreux efforts aux enfants. L’effort d’apprendre à rester assis toute la journée quand on a seulement 6 ans. L’effort de rester attentif plusieurs heures. L’effort d’être dans le bruit / le silence, le trop chaud / trop froid / trop de monde / trop d’odeurs, etc. Puis à la fin de la journée, il faut fournir un dernier effort pour relire une leçon, compléter un exercice, apprendre une définition.

Pour autant, si l’on prend le temps d’y réfléchir, les enfants fournissent des efforts à de nombreux autres moments. Cela varie selon l’âge et le succès n’est pas toujours au rendez-vous.
Il y a l’effort de ne pas dévoiler un secret, celui de patienter, celui de surmonter son appréhension, celui de construire une tour de Kapla plus haute que soi, …

Quand j’ai demandé à ma fille à quel moment elle effectuait des efforts elle m’a répondu :
– pour aller aux toilettes dans la nuit ;
– pour rentrer à pied du cours de sport ;
– pour maintenir sa main correctement sur la contrebasse.

Garder un secret entre enfants

Entre effort et réussite

Il semble donc que ma fille de 8 ans instruite en famille évite admirablement les efforts. Ou alors elle ne considère pas comme un effort de nombreux temps de son quotidien… Difficile à dire.
De mon point de vue, ses répétitions en contrebasse demandent un effort, la lecture de certaines partitions, maintenant qu’elle effectue des démanchés, demandent aussi un effort, mais cela ne lui apparaît pas ainsi.

Mettre de l’énergie, de l’assiduité et de la persévérance dans une action n’est pas forcément faire un effort. Le plaisir de la réalisation étant plus important que le temps que l’on y a passé.

Les loisirs créatifs semblent être une excellente façon d’introduire le goût de l’effort aux enfants (et à n’importe quelle personne). Apprendre à faire du crochet demande un effort. Malgré tout si on a pris du plaisir que ce soit à manipuler de la laine, répéter le même geste ou porter sa création, on peut vouloir recommencer. La seconde fois, on ira peut-être un peu plus vite ou un peu plus loin. Au lieu de faire une écharpe en deux lignes pour un doudou, on pourrait se faire un bracelet ou une écharpe plus épaisse.
Personnellement je fournis bien plus d’effort pour réaliser n’importe quelle création en crochet que je n’en ai jamais fourni en maths (j’ai toujours adoré les chiffres).

Aller au bout d’un projet qui a demandé un investissement en temps est une réussite, un challenge validé, une difficulté surmontée. Il n’y aurait donc pas besoin d’enseigner le goût de l’effort.

Et si ce n’était pas le goût de l’effort dont on parlait ?

En réfléchissant au sujet, j’ai eu l’impression d’avoir enfin assemblé suffisamment d’idées pour répondre à la prochaine personne qui me parle du goût de l’effort en instruction en famille. Alors j’ai voulu partager avec mon amoureux mes arguments. Dans l’ensemble il partage mon avis, bien qu’il pense que faire du crochet avec régularité s’apparente plus à de la persévérance et de la passion.

Selon lui, ce n’est probablement pas ce que j’avais en tête qui inquiète mes interlocuteurs, quand ils me parlent de goût de l’effort et de maths. Leur discours semble être qu’en effectuant les exercices imposées par ses professeurs, l’enfant apprend à se dépasser et à aimer surmonter les difficultés. Mais est-ce vraiment ce que l’on apprend à ce moment-là ?

Et si en réalité, au lieu du goût de l’effort, c’était l’acquisition d’une forme d’obéissance, une discipline (dans le sens militaire du terme) et le respect de règles institutionnelles que mes interlocuteurs souhaitent (inconsciemment). L’enfant qui fait ses exercices de maths à l’école tout en détestant ça, développe-t-il une sorte de plaisir masochiste ? Finit-il par aimer les maths ? Ou accepte-t-il d’obéir à l’injonction de son professeur ? La question au final serait : cette forme d’obéissance, que l’enfant instruit à la maison évite, n’est-elle pas nécessaire à son intégration dans la société et surtout dans une société afin d’y exercer un emploi ?

Arrêtons d’écouter les autres !

Les questions que nous posent les autres, ceux qui n’ont pas choisi la non-scolarisation pour leurs enfants, ceux qui ont été / sont scolarisés, sont souvent perçus comme des agressions et des remises en cause. Je le vois bien au sein des communautés de parents : nous agissons tous comme je le fais dans cet article, nous cherchons à trouver la meilleure réponse qui sera juste, qui défendra notre mode de vie puis de retour chez nous, une étincelle de doute s’installe. Nous cherchons à être meilleur, à faire mieux qu’avant, pour leur prouver que nos enfants, malgré une voie différente, auront le goût de l’effort et des amis et peut-être même qu’ils aimeront les maths.

Douter de ce que nous faisons est une bonne chose, cela nous invite à nous poser et à vérifier que nous gardons le cap de nos idéaux et objectifs. Vouloir transmettre le goût d’un certain effort est un apprentissage tout aussi utile que d’autres règles de vie.
Mais nous n’avons pas à servir de famille témoin, nous n’avons pas à passer par les maths ou les verbes irréguliers pour développer persévérance et travail bien fait. Nous pouvons tout simplement nous installer dans notre salon pour peindre des figurines, crocheter une écharpe ou débuter un nouveau puzzle.

2 réponses sur “Comment donner le goût de l’effort ?”

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