Comment attirer les filles vers les sciences ?

Femme scientifique Katherine JohnsonFin mars, j’ai écouté un peu par hasard l’émission « pourquoi les filles sont-elles peu attirées par les maths ? » de RFI (à découvrir ici). C’est un sujet que je trouve très intéressant car moi-même j’ai toujours adoré les maths, ce qui suscitait toujours de la surprise. Un regard qui m’énervait profondément, jusqu’à cette anecdote qui aujourd’hui encore me laisse un goût amer.

En classe de 3e, j’avais la meilleure moyenne en maths de la classe (facile à savoir c’était noté sur le bulletin de notes). Pourtant lors du dernier cours avant le brevet, le professeur s’est adressé au meilleur garçon de la classe pour lui dire qu’il comptait sur lui pour avoir la meilleure note de l’établissement. Au final, il s’est révélé que j’ai eu la meilleure note de l’établissement en maths…

Grande nouvelle : les maths ne se font pas avec ce qu’on a dans notre pantalon !

Alors oui, les femmes sont moins nombreuses à se lancer dans des carrières liées aux mathématiques, à la physiques, à la chimiques, à l’ingénierie, mais ce n’est certainement pas en raison d’une compétence moindre (écoutez l’émission RFI ci-dessus si vous en doutez). D’ailleurs, ce n’est même pas un réel désintérêt de la part des filles, après tout au moment du bac, elles représentent presque 50 % des élèves en filières scientifiques. Bon, elles représentent par contre 69 % des élèves en filières littéraires (source).

Il suffirait donc de changer la perception sexiste que l’on a sur les matières scientifiques pour changer la donne et créer un rapport plus égalitaire (ouvrant la voie à une prise de conscience également dans d’autres thématiques).

Il était donc temps d’y consacrer ici tout un article et pas seulement un paragraphe au sein de notre sélection de ressources scientifiques funs.

Laisser les filles faire des sciences

Le point de départ semble bête et presque trop simple. Oui, mais…

Dans les faits, on trouve de nombreuses filles en cours de théâtre, de musique, de danse. Et elles sont souvent inexistantes dans les clubs de sciences ou de robotique. En classe, une étude a montré que les professeurs interrogent plus souvent les garçons que les filles, en particulier dans les matières scientifiques. Je cite directement la sociologue à l’origine de l’étude : « Les enseignants estiment également que les garçons vont mieux réussir dans les disciplines dites «masculines», comme les mathématiques, la physique, etc. Ils vont donc avoir tendance à les pousser et à passer plus de temps avec eux sur ces questions, au détriment des filles. » (interview que je vous conseille de lire).

Concrètement cela veut dire que l’on peut très bien offrir des robots aux filles, les inscrire sur des sites de programmation ou à la rentrée leur proposer des activités périscolaires scientifiques. Le simple fait de le proposer et d’en parler aide à changer la perception des choses. Et si rien n’existe, pourquoi ne pas lancer votre propre groupe !

Dans un autre genre, on propose souvent aux plus jeunes, que ce soit à la maison ou en centre aéré, des activités de peintures, de land art, de cuisine. Pourquoi ne pas leur proposer des expériences de chimie, de physique ou même de logique ? Nine (qui a 7 ans actuellement) aime beaucoup jouer avec son coffret Architecto (de la logique) ou passer du temps avec son papa à réaliser des expériences issues de son kit de chimie.

Enfin pendant les vacances, n’oubliez pas qu’il existe des lieux ouverts au public absolument passionnant. Certains planétariums proposent des projections à partir de 3-4 ans, des lieux comme la Cité des Enfants à Paris ou le Vaisseau à Strasbourg initient à plusieurs sciences dures dès 3 ans. Cela passe également par des sites comme les musées dédiés à l’automobile, l’électricité, l’aviation, etc.

Choisir les lectures et les manuels

livre sur Marie CurieIntroduire des modèles féminins est une action efficace pour changer la perception de tous les enfants. En effet, les petites filles réalisent alors qu’il y a une vie possible, avec des études, un métier, un salaire et même une vie privée. Les garçons intègrent plus facilement l’égalité et ne véhiculent plus les stéréotypes qui peuvent freiner les carrières féminines. Ces scientifiques seront des modèles stimulants pour tous.

L’idéal est donc de privilégier des manuels avec des représentations féminines.
Et si les parents n’ont pas leur mot à dire concernant le choix des manuels à l’école, signaler leur aspect inégalitaire est à la portée de tout le monde. Ainsi en 2017 il était dénoncé que 97 % des scientifiques présents dans les manuels étaient des hommes (source).

Je ne connais pas de manuels égalitaires, alors n’hésitez pas à laisser en commentaire les titres intéressants que vous connaissez.

Une autre façon d’inviter tous les enfants à comprendre que les sciences sont à la portée de tous, c’est d’introduire des lectures documentaires ou non, dans le cadre d’un cours de lecture/compréhension écrite ou en guise de lecture du soir. Voici une petite sélection de livres sur des femmes scientifiques ayant existé :
Rien n’arrête Sophie présente Sophie Germain qui étudia les vibrations (à partir de 5 ans)
– plusieurs biographies de Marie Curie sont disponibles comme L’incroyable destin de Marie Curie qui découvrit la radioactivité (à partir de 7 ans) ou Les Grandes Vies – Marie Curie (à partir de 8 ans)
Ma vie avec les chimpanzés est l’autobiographie de l’éthologue Jane Goodall (à partir de 9-10 ans), tandis que La petite fille aux singes revient sur son enfance (à lire dès 5 ans).
Histoire du soir pour filles rebelles qui regroupe 100 biographies de femmes (et dont je déteste le titre car il fait croire que c’est à lire uniquement aux filles).

roman fille et sciencesVoici également une sélection de fictions mettant à l’honneur des filles scientifiques, car malheureusement pour le moment le choix en documentaire reste limité (en fiction aussi en fait…).
Calpurnia (à mettre en lien avec les recherches de Darwin) de Jacqueline Kelly (à partir de 12 ans) ou Calpurnia apprentie vétérinaire (à partir de 7-8 ans),
L’effet Mathilda d’Ellie Irving (à partir de 9-10 ans) sur les inventions faites par des femmes et volées par les hommes,
Marie et Bronia, le pacte des sœurs de Natacha Henry, version romancée de l’enfance de Marie Curie (à partir de 12 ans),
Enquêtes au Museum de Laurence Talaïrach est une série mettant en scène un trio (deux filles et un garçon). Chaque tome présente une discipline scientifique en lien avec la nature (à partir de 9-10 ans),
Rana et le dauphin de Jeanne-A. Debats est un très court roman dans lequel une jeune fille passionnée par les mammifères marins (ses parents sont cétologues et ils lient leur recherche à la robotique) devient amie avec le dauphin utilisé comme cobaye (à partir de 9 ans),
Viser la lune d’Anne-Fleur Multon regroupe 4 héroïnes de 14 ans dont une fan d’astronomie et une gameuse qui participe à des compétitions (à partir de 12 ans).

Vous pouvez également imprimer l’affiche offerte ici et la mettre en bonne place dans votre salle de classe !

PS : je le répète, toutes ses lectures sont à proposer aux filles ET aux garçons. Ainsi tout le monde en bénéficiera, les filles en osant se rêver chercheuses, les garçons en grandissant avec l’idée que ce ne sont pas des métiers réservés aux hommes.

Et si elle n’a pas envie de faire de sciences…

Je pense qu’il est important d’aider tous les enfants à faire le tri dans leurs envies et leurs discours.

Derrière un « je n’aime pas les maths » peut se cacher une faiblesse en maths, la reproduction d’un schéma, un conflit avec un enseignant, une blessure personnelle suite à une remarque « anodine » il y a longtemps.

Bien sûr il n’est pas nécessaire que toutes les filles se mettent à rêver de devenir ingénieure ou programmeuse. Mais il faut qu’elles sachent que c’est possible.

D’ailleurs cela pourrait même avoir sur le long terme un impact sur tous les enfants. En effet, en 2016 l’enquête internationale Timss avait pointée du doigt le niveau extrêmement faible des Français en sciences (plusieurs matières étaient testées) (source). Et à l’époque l’une des raisons invoquées était que la majorité des enseignants de primaires sont issus d’une filière en lettres ou en sciences humaines. À cela s’ajoute que 83 % des professeurs des écoles sont des femmes (source) qui ont grandi avec l’idée que les sciences dures étaient trop compliquées pour les femmes…

Il ne s’agit pas de forcer les filles à faire des sciences, il s’agit de montrer que devenir une ingénieure est un métier tout aussi réel et crédible qu’être une doctoresse (la médecine est la seule filière de sciences à accueillir un grand nombre de jeunes femmes) ou une professeure des écoles.

2 réponses sur “Comment attirer les filles vers les sciences ?”

  1. Merci pour cet article !

    En tant qu’informaticienne dans la « vraie vie » et ancienne première de classe en maths (je reste méga fière de mon 17/20 au bac en option maths) (mais un peu dégoûtée car j’aurais pu avoir 20/20 si je n’avais pas oublié de réviser un chapitre), je sais combien les métiers de la sciences manquent de femmes !

    Je n’ai que deux garçons donc je ne pourrais pas « assurer la relève » mais je me fixe deux missions pour quand ils grandiront : ne pas diaboliser les sciences (les mathématiques souffrent de la réputation d’être difficile alors que c’est si intéressant !) et leur présenter de nombreux modèles féminins !

    1. Il est vrai que l’on dit tout le temps que les maths sont difficiles. Je grince de dents quand ma fille dit qu’elle aime bien les maths et qu’on lui répond trop souvent « tu ne trouves pas ça trop dur ? »…
      Merci de votre message.

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