Comment aider un enfant dyslexique à progresser ?

La dyslexie, que l’on résume souvent par le terme « trouble de la lecture », concernerait de 5 à 8 % des enfants scolarisés. Concrètement cela fait 1 enfant sur 25. Et si les noms d’oiseau tombent vite sur la tête des enfants concernés (idiot étant le plus doux de ces termes), la dyslexie est reconnue par l’OMS comme un handicap depuis 1993 (un statut qui ne s’obtient en France qu’après un diagnostique médical complet).

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Alors pour faire tomber quelques préjugés, mais aussi pour vous aider à travailler de façon positive et pertinente, nous avons demandé conseil à Isa Lise. Elle côtoie au quotidien des enfants dyslexiques et partage son expérience sur le blog Apprendre avec un dys.

Avant toute chose, comment le thème de la dyslexie est-il entrée dans ta vie ?

J’étais adolescente lorsque j’ai appris que mon frère était dyslexique (dys), c’est la première fois que je me suis intéressée au sujet, que j’ai pensé à accompagner un jour d’autres enfants. Par conséquent j’ai suivi des études pour devenir professeur des écoles. La formation sur la dyslexie était cependant inexistante et si j’accompagne scolairement des enfants depuis plus de 20 ans, c’est avec mes filles que j’ai pu tester des outils et m’adapter. Pour accompagner des enfants dys, j’expérimente, j’observe et écoute les enfants et je m’auto-forme en permanence.

Qu’est-ce qu’un enfant dyslexique ? Y-a-t-il un diagnostic médical ou psychologique ?

L’enfant qui souffre de dyslexie peine à lire : il éprouve des difficultés à identifier les mots, il lit lentement, ne comprend pas ou mal ce qu’il lit, il peine à se repérer dans un texte. Lors des activités avec un texte, constamment en double tâche[1], il fatigue énormément.

On peut souffrir de trois types de dyslexie : la dyslexie phonologique (sons et graphies sont difficilement associés), la dyslexie lexicale (lecture lente, difficulté à mémoriser les mots) et la dyslexie mixte qui associe les deux précédentes.

La dyslexie n’est pas un problème psychologique. Elle peut impliquer des souffrances psychologiques, en particulier si les difficultés sont constamment pointées du doigt. En effet, il est important de ne pas oublier qu’un enfant dys est bien plus qu’une dyslexie, il est avant tout un enfant.

La dyslexie est un fonctionnement neurologique différent.

Et avant de parler de dyslexie, il est important de s’assurer qu’il n’y a pas un problème autre, problème de vue ou d’audition, et de s’assurer que l’enfant veut lire. Si malgré une approche différente, les difficultés perdurent et si on constate un décalage d’environ deux ans avec une « norme », on peut consulter une équipe médicale afin d’établir un diagnostic (orthophoniste, orthoptiste, neuro-spécialiste).

Quels sont les situations les plus difficiles pour un enfant dyslexique ?

Les situations les plus difficiles sont bien sûr toutes celles qui sont en lien avec la lecture, mais également avec l’écriture. En effet, lorsqu’on peine à lire, l’écriture pose également souci.

Si l’enfant ne peut pas accéder aux textes par une lecture extérieure, par des logiciels adaptés, il ne peut pas suivre correctement. Alors qu’il a parfaitement les capacités intellectuelles pour comprendre un texte lu pour lui, il ne le comprend pas s’il est seul. Il risque donc de se désintéresser des apprentissages et de perdre confiance en lui.

Dans un groupe, si le groupe est ouvert à la différence, si l’aide est présente, l’enfant peut progresser à son rythme. En revanche, il n’est hélas pas rare que les moqueries fusent, surtout lorsque l’enfant grandit. Or, plus l’enfant perd confiance en lui, plus des difficultés s’ajoutent à la difficulté dyslexique.

Que peut-on faire pour aider un enfant dyslexique, l’accompagner dans ses apprentissages ?

Les aides auxquelles on pense souvent sont des aides matérielles. On peut ainsi lire pour l’enfant, proposer un binôme où un autre enfant lira et où ils apprendront ensemble. On peut également lui proposer des logiciels d’écriture ou de lecture.  On peut opter pour des polices plus grosses, plus claires, des pages aérées, des codes couleur. De plus, on peut accorder plus de temps à l’enfant pour effectuer ses exercices, diminuer la quantité d’exercices.

Pour ma part, je pense qu’il est plus important encore de s’adapter à l’enfant. Un enfant dys fonctionne autrement. Avec des méthodes classiques, il est en difficulté alors que j’ai pu expérimenter qu’un enfant ne retrouve pas ces difficultés avec autant de force lorsqu’on s’adapte à son mode de fonctionnement, mieux encore il peut apprendre avec bonheur ! Ces adaptations passent notamment par des supports concrets, par le suivi des intérêts de l’enfant et par une lecture non systématique.

En tant que passeur (enseignant, parent ou accompagnateur périscolaire), vers qui peut-on se tourner pour avoir des réponses précises, mettre en place des actions concrètes ?

Si vous cherchez une réponse à votre interrogation « mon enfant est-il dyslexique ? », je vous invite à vous informer sur les particularités de la dyslexie. Vous trouverez quelques informations sur les sites associatifs ou sur mon blog.

Ensuite, si les réponses lues amplifient votre questionnement, je vous conseille vivement de tester une autre méthode, une autre approche. Parfois, cela suffit à résoudre le problème.

Vérifiez également audition et vue qui peuvent être la cause d’un souci.

Si, malgré tout, les difficultés persistent, vous pourrez obtenir un diagnostic auprès d’une équipe : en particulier orthophoniste et neuropédiatre. Un suivi vous sera ensuite proposé.

Pour ma part, je vous conseille également de vous tourner vers des enseignants spécialisés qui connaissent bien la problématique de la dyslexie. Certains d’entre eux sont proposés par l’école quand d’autres exercent en libéral. En effet, un enfant dyslexique a un fonctionnement neurologique différent, il a donc besoin d’une approche différente qui tient compte de son mode de fonctionnement.

Sur du long terme, un enfant dyslexique peut-il espérer passer des diplômes classiques comme le baccalauréat ? Y-a-t-il des aménagements de prévus ?

Oui, un enfant dyslexique peut tout à fait passer des diplômes classiques comme le bac. Ceci dit, ce sera plus ou moins compliqué en fonction du degré de dyslexie, d’autres troubles d’apprentissage associés, de la prise en charge effective et de la confiance en soi de l’enfant.

Des aménagements sont prévus et dépendent des besoins de l’enfant et de ce qui a été demandé pour lui : secrétaire personnel, ordinateur, temps supplémentaire, langue en moins, etc.

Merci Isa Lise pour tes conseils !

Retrouvez la sur son blog personnel dédié à l’instruction en famille et aux troubles d’apprentissage, ainsi que sur Cultitalents, un blog associatif sur les techniques et troubles d’apprentissage.


[1]              Le terme de double tâche a été choisi pour expliquer l’attention constante nécessaire aux dys. En effet, lorsqu’on apprend, il est important de se concentrer jusqu’au moment où cette attention devient faible car l’automatisme est acquis. Pour les dys, les automatismes se créent très peu, il faut donc constamment maintenir un niveau d’attention élevé.  Aussi, lorsque, par exemple, l’enfant doit lire et chercher une information, il accomplit simultanément deux tâches données pour lesquelles il doit être très attentif, il fatigue donc plus rapidement qu’un autre élève.

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